SISM-X

Dub Strike
Sounds Arround, mars 2004

La qualité principale de "Dub Strike", second album des parisiens de Sism-X, du moins celle qui saute à l'oreille dès sa première écoute, est sans doute le soucis du dépouillement dans lequel il a été créé, se traduisant par une volonté permanente d'aller à l'essentiel en exploitant au maximum la puissance sonore d'un nombre restreint d'instruments plutôt qu'en empilant des couches de sons et d'effets. Un soin tout particulier a donc été apporté à la production, à ce point élaborée qu'elle permet presque au couple batterie/basse de se suffire à lui même. Des cuivres, un clavier, une guitare et autres instruments viennent l'épauler ici et là, mais toujours avec parcimonie, et sans ostentation. Une démarche à rapprocher de celle du Totem de Zenzile, simplicité au service de l'efficacité, épure revendiquée dont la première conséquence est la puissance des morceaux. La batterie sonne comme le tonnerre, la basse comme l'orage, les cuivres claquent comme des coups de fouets, tandis que guitare, clavier, mélodica et voix se détachent dans un relief étonnamment nuancé. 

Cette qualité de la production glorifie au mieux les multiples contrastes d'un album qui se définit avant tout par sa variété: variété rythmique (on passe du stepper le plus enragé au reggae le plus roots), variété sonore (le son des instruments traditionnels, batterie, basse, guitare, flirte sans complexe avec une production futuriste et des effets à la pointe du raffinement), variété des ambiances (tour à tour moites, glaciales, optimistes, désespérantes, nerveuses, nonchalantes...), variété des structures (les morceaux chantés, de construction traditionnelle, côtoient les instrumentaux et les versions dub les plus sauvagement destructurées)... autant de nuances qu'on serait mal avisé de considérer comme la traduction d'un manque de cohérence; bien au contraire, "Dub strike" est homogène d'un bout à l'autre, et si le précédent album du groupe était celui de la quête identitaire, celui ci est sans conteste l'album de la maturité. 

Rien n'est laissé au hasard, tout est maîtrisé, jusqu'à la voix de Hendya, chanteuse du groupe, dont on peut mesurer l'évolution depuis le précédent album. Elle n'est plus "la fille qui chante avec le groupe", elle est la voix du groupe. A mi chemin entre chanteuse de trip-hop et rastawoman, elle colle à merveille à l'identité musicale de Sism-X, qui oscille en permanence entre le chaud et le froid, entre la froideur urbaine du dub UK et la chaleur jamaïcaine. On le ressent nettement sur l'exceptionnel "Strange day", un morceau sombre et énigmatique, d'une beauté glaciale, et pourtant indéniablement reggae. Les parties chantées sont du reste une des grandes réussites de l'album, et le mérite n'en revient pas seulement à Hendya. Sur "Step around", un de ses collègue masculin débite un phrasé nerveux et coloré qui fait de ce morceau un monument du stepper, d'une violence inaccoutumée dans le dub. Earl 16, invité de prestige, offre quant à lui à l'album le morceau roots qu'il méritait ("Babylon victims"), un authentique tube reggae, complété d'une version dub que n'aurait pas renié Tubby himself. Toujours au chapitre des guests, mais dans un tout autre registre, Manutension déchaîne sa science du dub sur le monumental "Flying 33 PT.one", perle de stepper enragé digne d'un Iration Steppas des meilleurs jours. Et pour en finir avec les guests, signalons la présence de Guillaume "Stepper" Briard au saxophone et de Didier Bolay au trombone, les deux gars formant à eux deux une section cuivre digne des plus belles heures du reggae jamaïcain. 

Bref, beaucoup de talent, d'inventivité, de subtilité et de savoir faire, pour un album dense, duquel on sort lessivé, mais ampli de la plénitude du mélomane repu. L'album incontournable du printemps 2004, sorti chez Sounds Arround, qui confirme de façon éclatante son statut naissant de label de référence.

2D.


Interview de Sism-X, à l'occasion de la sortie de "Dub strike", mai 2004.

En guise de préambule, la question rituelle: que signifie le nom Sism-X ?

Au départ, c'est le kiff des sub qui font vibrer la cage thoracique, comme un tremblement de terre. Ensuite, ça peut être un jeu de mots, sur le nombre de membres du groupe et "mix" qui reflète l'esprit du dub. 

« Dub Strike », votre second album, vient de sortir chez Sounds Arround. On se rend compte dès la première écoute qu’il est beaucoup plus abouti et mature que le précédent. Dans quel état d’esprit l’avez-vous conçu ? Avec le sentiment d’être attendu au tournant, ou les mains dans les poches ?

Le projet de base était un maxi 45t de quatre titres (deux titres + deux dubs) en collaboration avec Soundsaround, puis rapidement ça c'est transformé en cd 10 titres. Nous n'avions que 2 mois pour le produire, on a donc travaillé nuit et jour, afin de le livrer dans les temps. A l'inverse, "dub assault" s'est conçu sur plusieurs années. C'était notre premier album, totalement auto-produit, on a donc enregistré avec les moyens du bord nos compos, en essayant de faire pour le mieux. Pour "dub strike", toutes les étapes de la production se sont passées sans problème, avec motivation, énergie et feeling. On ne s'est donc pas demandé si on nous attendait au tournant ou non. Nous sommes totalement indépendant et libres de produire la musique qui nous plaît et c'est ce que l'on souhaite continuer de faire.

Comment s’est passée l’élaboration des morceaux ? Etes-vous entrés en studio avec des compositions bouclées, ou avez-vous improvisé certaines parties au fil de l’enregistrement ? Et aviez-vous un tracklisting définitif dès le départ, ou la répartition entre morceaux chantés, instrumentaux et versions dub s’est-elle imposée au fur et à mesure ?

Tout s'est passé très vite. De 4 mix, il a fallu en faire 10, on a donc pioché dans les morceaux en cours de création ou dans les compos des uns et des autres. En fait, rien n'était calculé. Tout n'a été qu'un concours de circonstances.

Votre style est assez difficile à décrire… c’était déjà le cas avec « Dub Assault », c’est encore plus vrai avec « Dub Strike ». Pas vraiment UK car très axé sur les vrais instruments, pas « dub français » non plus car quand pas mal axé stepper anglais… comment définiriez-vous votre dub ? Revendiquez-vous une identité Sism-X ?

Ce qui est sûr, c'est que nous sommes clairement influencés par le dub anglais, et le côté "rocker" du reggae. Ensuite, c'est le béton qui décore notre studio qui nous inspire le reste...

Un petit mot sur les guests de ce nouvel album? Qui sont les deux types qui s’occupent des cuivres ? Comment s’est passée la collaboration avec Earl 16 ? A distance ? Ou vous êtes-vous rencontrés ? Et Manutension ? Comment en est-il venu à mixer « Flying 33 pt. one »?

Guillaume "stepper" et Didier font entre autre le backing d'Horace Andy, avec eux, en deux heures, on a enregistré 3 tracks ! Pour Earl 16, c'est Malf de Sounds Around qui a tout géré; nous, on a reçu les bandes. Quant à Manu, on lui a proposé plusieurs riddims et il est venu quelques jours à l'asso. dub, pour les mixer, on en a gardé un pur souvenir!

Quel est exactement le rôle de Bar T dans le groupe, présenté comme « sound operator » ? Est-ce un genre de « dub-master » ?

Bar-t remplit le rôle d'ingénieur du son aussi bien en studio qu'en live, mais apporte aussi avec son approche sonore et ses effets mixés live, une partie de l'identité "Sism-x". Il vient juste de passer sa ceinture noire de dub master, il lui manque juste les dan!! lol

Nouvel album, nouveau label : vous quittez les Productions Spéciales pour Sounds Arround. Pourquoi ce changement ?

Nous n'étions pas liés à Productions Spéciales. Le projet était une idée de Malf, avec qui on s'entend très bien, on a accepté sans hésiter et nous ne regrettons pas!

Quel regard portez-vous sur la scène dub hexagonale ? Etes-vous en contact avec d’autres groupes ? Et envisagez-vous des collaborations du type Highvisators, dont l’album sort à peu près en même temps que le votre?

Il y a à boire et à manger pour tout le monde ! On est plus proche musicalement de KALI ou IMPRO DUB, que de LAB° ou ZENZILE. Pourquoi pas un "dub allstars" avec tout le monde ??

Qu’est-ce que vous écoutez en ce moment ?

Du dub bien sûr ! Mais aussi du rock, de la tetek... Vibronics, Iration steppaz, Pink floyd, White Stripes...

Les projets pour l’avenir ?

Pouvoir tourner plus, préparer le troisième album et ainsi de suite,  le plus longtemps possible et de mieux en mieux !!

Quelque chose à ajouter ? Une question que j’aurais oublié de poser et qui vous tient à cœur ? Ou plus simplement un message à faire passer ?

"PREPARE FOR THE DUB SONAR"  prochain album l'année prochaine. 


Dub assault (2001/2003)
Productions spéciales, 2003

Sism-X dub est un groupe français, basé en région parisienne, qui à l'instar de son homologue nantais Miniman officie dans un style plus proche du dub anglais que ce qui se fait traditionnellement dans l'hexagone. The Disciples, Zion Train, Iration Steppas sont des influences qui se ressentent clairement à l'écoute de "Dub assault", premier album du groupe, qui n'en développe pas moins sa propre identité. En effet, en faisant le pari d'un album presque entièrement composé de morceaux chantés, les Sism-X transgressent le dogme du tout instrumental qui caractérise le dub. Un pari risqué, mais réussi: la chanteuse, Hyenda de son prénom, ne tombe pas dans le piège du couinement égocentrique, mais pose au contraire sa voix, claire et agréable, sans ostentation mal venue et dans une sobriété qui permet à la musique de s'exprimer pleinement. La transgression n'est donc que partielle, car du fait de cette sobriété, la dimension instrumentale du dub reste intacte dans l'ensemble des morceaux.

La seconde caractéristique du groupe est qu'il mélange instruments traditionnels et électroniques. Si la pratique est monnaie courante dans le dub français, elle n'est pas si fréquente chez les groupes anglais desquels Sism-X semble s'inspirer. Le résultat est concluant. La section rythmique, très riche, apporte une chaleur groovy souvent absente dans le dub UK; plus souvent reggae que strictement stepper, du fait d'une batterie nerveuse et technique, elle ne s'en trouve pas moins contrebalancée par des éléments électroniques pour le coup résolument plus modernes, et par une production qui met en valeur l'atmosphère des morceaux avant tout, dans une approche globale du son strictement dub. Il en résulte une musique inédite, pas nettement tranchée, qui oscille en permanence entre la chaleur jamaïcaine et le fog londonien sans jamais se décider à choisir, quitte à titiller l'orage. Tour à tour nerveux ("One rock", "Hybrid"), mélancoliques ("Kool rock"), inquiétants ("Althéa's dream"), nonchalants ("125 (Wonders)"), ou ensoleillés ("Bad sound manners"), les morceaux de ce "Dub assault" offrent au dub de multiples déclinaisons. Une quête identitaire qui s'annonce des plus prometteuses, et nous fait attendre avec une vive impatience le prochain album de Sism-X, qui s'annonce d'ors et déjà comme un futur nom important du dub.

2D.

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