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MOSSMAN MEETS VANDER |
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Montréal Dub Sound System
Il faut toujours se méfier des préjugés. Moi par exemple, si l'on me parle d'un bassiste belge émigré au Québec qui se met au dub après avoir joué dans des groupes de rock alternatif, j'éclate d'un rire dédaigneux. Jusqu'au jour où je trouve dans ma boîte aux lettres un CD du nom de "Mossman meets Vander - Montréal Dub Sound System" et m'aperçois non sans surprise que ma platine CD l'érige au rang de ses nourritures favorites aussitôt après l'avoir ingurgité. Le belge dont je parle, c'est Vander. Exilé à Montréal, où il a d'abord joué en compagnie des "Colocs" avant de commencer à prêcher la parole du dub dans l'album "Re Dub Chroniques", il vient d'enregistrer avec le canadien anglophone Mossman un disque qui contient quelques uns des plus beaux morceaux de roots dub qu'il m'ait été donné d'entendre: "Mossman meets Vander/ Montreal Dub Sound System". Preuve que les préjugés sont faits pour voler en éclats, et que l'histoire du roots n'a pas tourné sa dernière page avec la mort de King Tubby. Car près de vingt ans plus tard, c'est dans un pays où la température ne dépasse zéro degré que l'été qu'il faut aller chercher ses dignes descendants. Si vous aimez le style Tubby, si vous ne jurez que par Lee Perry, si Blood & Fire, Pressure Sound et Trojan sont vos labels de prédilection, achetez ce disque les yeux fermés, ne serait-ce que pour "Words of HIM", un monument de dub chanté, presque un hymne, qui peut s'écouter des dizaines de fois d'affilée sans provoquer la lassitude. Essayez aussi "Elephantasmagoria", instrumental capable de résumer à lui seul toute la profondeur et la densité du dub. Laissez vous séduire par "Funky NASA" et son xylophone enchanteur, poussez le son à fond pour l'endiablé "Dub without chicken"... on pourrait les citer tous. Comment expliquer une telle réussite? En premier lieu par le fait que la démarche roots est poussée à son paroxysme: l'album a été réalisé avec le même matériel et les mêmes techniques de studio que dans les années 70; il en ressort un son d'une authenticité totale. Ensuite car les musiciens sollicités pour participer à l'album sont tous d'excellents techniciens et ont su s'intégrer à l'aventure en adéquation avec la démarche roots qui l'anime. Ils sont une dizaine en plus des deux initiateurs du projet, guitariste, batteurs, trompettiste, chanteurs... tous habitants de Montréal mais originaires des quatre coins de la planète. Le succès du disque s'explique enfin, tout simplement, par la qualité des compositions et des arrangements. Les rythmiques rockers à la Sly & Robbie côtoient les lignes de basse les plus authentiquement reggae, sur lesquelles guitares, claviers et cuivres soumettent leurs accords et mélodies à un dub-master méticuleux et toujours inspiré. C'est roots, à l'ancienne, mais pas pour autant dépourvu de modernité, en témoigne un goût marqué pour l'expérimentation qu'on peut retrouver sur des morceaux comme "Eastern dub", très inspiré musique balkanique, "Dub remote", où l'on découvre que le violon est un instrument qui se prête idéalement au dub, ou "Poule sans tête" et "La vérité", sur lesquels Vander pose sa voix dans un style gainsbourien. C'est là l'ultime qualité de ce disque: pour "revival" qu'il soit, il n'oublie pas d'aller de l'avant. Une pièce indispensable. 2D. Interview de Vander, à l'occasion de la sortie de l'album "Montreal Dub Sound System", mai 2004. Peux-tu te présenter brièvement, ainsi que ton compatriote Mossman ? Comment vous êtes-vous rencontrés, et comment l’idée d’une collaboration entre vous est-elle née ? Mossman est un DJ / mixeur très
actif à Montréal, c’est un des plus grands collectionneurs de vinyles en Amérique
du Nord, il est à la tête des soirées Dub Lounge et a déjà réalisé
plusieurs albums sur son label Dispensation. Nous ne sommes pas vraiment
compatriotes ; en fait, je viens de Belgique, où je faisais partie des Frères
Brozeur, et je suis arrivé au Québec pour me joindre aux Colocs il y a un peu
plus de huit ans. Je suis d’abord bassiste mais je réalise et je me débrouille
un peu avec quelques autres instruments (claviers, percus, batterie, guitare, mélodica…). Tu as un long et riche parcours dans la musique. Après avoir joué dans nombre de formations rock ou reggae, qu’est-ce qui explique que tu fasses du dub aujourd’hui ? Est-ce pour toi une expérience passagère de plus, ou un aboutissement ? Ce serait plutôt un retour
aux sources. J’avais treize ans en 1977, je zonais le plus clair de mon temps
avec des potes africains, c’est eux qui m’ont emmené dans tous les concerts
reggae et dub qui passaient près de chez nous, et c’est avec eux que j’ai
joué mes premières notes de basse. Depuis ce temps-là j’en mange. Pour ce premier album du Montreal Dub Sound System, tu as carrément créé ton propre label (Bass Ma Boom). Pour quelle raison ? Car aucune maison de disques ne voulait produire cet album, ou par volonté d’indépendance artistique ? Je ne peux pas dire qu’aucune maison de disques ne voulait de cet album, je ne l’ai proposé à aucune, mais j’avais envie de monter une structure pour expérimenter une manière de travailler avec des projets collectifs et les gens qui les composent. Les grosses compagnies ont des méthodes qui valent ce qu’elles valent et qui leur conviennent. Bass ma Boom n’est pas une compagnie, ce n’est qu’un prétexte pour diffuser du son, des images et des idées. Un espace pour botter les fesses à l’individualisme en prêchant par l’exemple. Quand tu vis au Canada, qui subit lui-même l’influence de ses voisins du dessous, tu comprends que ce n’est pas si naïf que ça peut en avoir l’air. En plus de Mossman et toi, on découvre un nombre assez conséquent de musiciens et chanteurs sur la pochette de l’album… comment s’est passée la coordination de tout ce monde ? Vous êtes-vous tous réunis dans un studio à un moment donné, ou l’enregistrement s’est-il fait au fur et à mesure, au fil des rencontres ? Les batteries et les basses ont été enregistrées ensemble durant les deux premiers jours de studio. Ensuite, et Mossman, et moi avons fait du rabattage auprès des musiciens et chanteurs de notre entourage respectif. Il était important pour nous que les invités viennent des deux côtés du boulevard Saint-Laurent, qui sépare d’un mur virtuel et culturel l’ouest anglophone et l’est francophone. Peu à peu, de séances d’overdubs en sessions vocales, le Montréal Dub Sound System est devenu un collectif de musiciens des quatre coins du monde (Canada, É.-U., Jamaïque, Belgique, Sénégal, Inde) vivant aux quatre coins de la très cosmopolite Montréal et là encore, the message is in the dub. En écoutant le disque, si l’on fait abstraction de l’excellente qualité de son, on a l’impression qu’il a été enregistré à la fin des années 70 dans un studio jamaïcain. Ce son ostensiblement roots a t-il été décidé dès le début de l’élaboration de l’album? Et comment êtes-vous parvenus à ce résultat ? En utilisant du matériel spécifique ? Mossman est un grand adorateur de Lee « Scratch », on le comprend quand on écoute ses autres albums. Les basics ont été enregistrés sur du ruban 8 tracks, pas plus de 16 tracks par morceau. Il y a plusieurs couches de mixes, rien n’est retravaillé à l’ordi, rien n’est programmé, le son de chaque effet provient de matériel d’époque (chorus echo, reverb, flanger, phaser). Pour moi, travailler ainsi faisait partie de ce retour aux sources. Je connais pas mal de monde qui ne travaille plus qu’en digital et même s’ils y gagnent, peut-être, en précision, je suis sûr qu’ils y perdent en spontanéité. Le dub est un charmeur, c’est son côté imprévu et aléatoire qui le différencie des autres musiques. Le dub est encore un chercheur pendant que certains autres croient trouver la bonne recette. L’aspect roots de l’album se manifeste jusqu’au dessin de la pochette… que représente-t-elle exactement ? Tant qu’à faire un exercice de style, pourquoi pas y aller jusqu’au bout. Le dessin représente deux monstres géants qui défendent un temple « sound systemesque » contre l’agression massive de l’empire et de toutes ses nuisances. Pour la petite histoire, nous avons dû effacer de la pochette deux de ces nuisances sous peine de poursuites : le dessin original comprenait un Mickey Mouse et le logo McDo dans le dos du clown Ronald.
J’ai cru comprendre que tu avais enregistré des choses avec Kaly Live Dub et High Tone… Peut-on espérer entendre un jour le fruit de ces collaborations ? Sous la forme de disques chez Bass Ma Boom peut-être ? Lors du dernier passage de High Tone au Festival de jazz de Montréal en juin 2003, Julien, le guitariste du groupe, Jean Gravel, batteur du groupe Balthazar et moi sommes allés dans mon studio pour faire une session de riddims. Kaly Live Dub est venu pour le festival Coups de cœur francophone au mois de novembre et nous en avons également profité pour squatter le studio pendant deux jours. Il est un peu tôt pour dire ce que nous ferons précisément avec ces sessions et sous quelle étiquette. Bass ma Boom n’existe que depuis le début de l’année et nous avons déjà deux disques en magasin, celui du Montréal Dud et l’album éponyme de Métatuque, un collectif donnant dans le drum ’n bass live. Le début d’année a été riche en occupations, nous sommes au four et au moulin, entre les concerts, le studio, le booking, la promo et les sorties d’album, les journées sont trop courtes… un jour à la fois, mais moi aussi, j’espère vivement que cela puisse paraître au plus vite. Connais-tu un peu la scène dub française ? Et si oui, de quel œil la vois-tu ? Je la sais riche et active et pour avoir eu l’opportunité d’en rencontrer quelques acteurs, je la devine intègre et redoutablement efficace. Vu d’ici, on aurait presque le droit d’en être jaloux. Peux-tu nous dresser un petit état des lieux du dub à Montréal ? Qui à part vous ? Des noms à nous conseiller ? Il y a Dead Beat (electro-dub), Kaly and Dub (roots / dub jamaïcain) et quelques autres pour lesquels Moss pourrait te renseigner bien mieux que moi. Quand je te parlais de frontière culturelle, je sais qu’il se passe des soirées dub poetry dans des petits bars ou salles de fêtes mais encore là, essentiellement du coté anglo / jamaïcain et bien ancré dans le roots. Il y a Ark of Infinity qui pratique un dub fusion (dub / jazz / afro…). Quelques chanteurs dont Dan Beats et Sylla qui toastent tantôt avec l’un, tantôt avec l’autre. Du côté franco, il y a pas mal de groupes qui donnent dans le reggae / roots et qui flirtent avec le dub de temps en temps. La scène dub montréalaise reste à construire mais je ne crois pas qu’elle fera autant de mouvance que chez vous. Que ça n’empêche surtout pas les groupes français de venir faire un tour, les gens sont extrêmement curieux. Quels disques écoutes-tu en ce moment? Foundation Rockers de Twilight Circus, Independant Intavenshan de L.K.J, Crucial Dub de King Tubby… Quand est-ce que tu viens nous voir en France ? Le plus tôt possible, nous devions venir au mois de mai avec le « Vander Dub Expérience » mais cette tournée a été reportée à l’automne. Croisons les doigts pour que cette fois-là soit la bonne. Les démarches que nous avons entreprises en vue de cette tournée m’ont néanmoins permis d’établir des contacts avec des groupes, des associations et des lieux de diffusion du dub en France. Quelque chose à ajouter ? Une question qui te tient à cœur et que j’aurais oublié de poser ? Un message à faire passer ? Si vous avez des propositions pour faire avancer le Schmilblick, contactez-nous à bassmaboom@sympatico.ca Découvrez le morceau "Dub remote", issu de l'album Montréal Dub Sound System, sur la premier volume des compilations Dubzone. Le site de Vander: http://www.vander.ca |