BUS

Bus est un duo Berlinois consitué de Daniel Meteo et Tom Thiel, le premier étant le fondateur du label Meteosound, que nous avions déjà présenté pour louer l'excellente compilation éponyme qu'il édite (c'est ), et le second une moitié du désormais défunt Sun Electric. Après quelques singles et apparitions sur diverses compilations, "Middle of the road", leur premier album, et sorti en octobre 2003 sur ~scape. 


Middle of the road
~scape, 10/2003

Un nouvel album publié par ~scape, le label de Stefan Bekte (Pole) mérite toujours considération. Toujours. C'est une règle de vie. Presque de l'hygiène. Ce "Middle of the road" constitue la meilleure récompense de la stricte observance de cette règle: voilà un album prodigieux. Rien de moins. Pas immédiatement prodigieux, mais prodigieux après considération attentive, après plusieurs écoutes au calme et au casque. Car tout, ou presque, est dans les détails. Le son ne dépare en rien le catalogue de ~scape, il sécrète du dub sans qu'on en prenne toujours conscience, la basse, proche de l'infra-basse, fonde tous les titres, les contretemps sont souvent marqués, et la production a fait l'objet du soin que requiert le genre. Mais si le son est celui de l'electro dub, l'album ne se cantonne pas à ce registre, et emprunte aussi bien à la techno minimaliste qu'au hip-hop, et au meilleur, brillament mis en voix et paroles par une demoiselle MC Soom-T, qui participe à une petite moitié des titres de l'album, en tant que "special guest", et dont la participation est pour beaucoup à la réussite de l'album.

L'album débute sur une courte intro, qui reprend, en écho anticipé, des bribes de "Dont' be afraid to cry", le titre miraculeux qui lui succède, et qui ouvre réellement les festivités. Le tube de l'été, en plein mois d'octobre, faut quand même avoir la carrure. Du hip-hop brillant, produit par des gens qui ont fait l'école du dub, on aimerait en entendre plus souvent. La rythmique fondamentale y est assez classique, mais enrichie par une production qui reprend les temps forts de la caisse claire en écho: le rendu est saisissant, et donne de la profondeur au son, encore accentuée par une nappe d'orgue presque constante, et en opposition, par quelques notes de guitare très claires, reprises en boucle durant tout le morceau. Le "flow" de MC Soom-T s'intège parfaitement au titre, et lui apporte la touche finale, le rendant parfaitement entêtant. Normalement, on boucle une petite centaine de fois dessus, avant d'envisager d'approcher la suite.

"Come/do/move", qui succède à "Don't be afraid to cry", est un curieux et plaisant mélange, à base d'une rythmique hip-hop façon beatbox, syncopée par des cordes très synthétiques, où le thème est développé progressivement par plusieurs synthés qui se répondent en écho, dans des styles et des sonorités très différentes. Le résultat est trés plaisant, et se goûtera plus certainement au casque. "Keep it right", le titre suivant, est d'un abord beaucoup immédiat, à se demander s'il ne va pas finir en deuxième tube de l'été. MC Soom-T y reprend du service, et avec vivacité, encore, sur un genre de d'electro reggae plutôt up tempo, qui n'est pas sans évoquer Thomas Fehlman, au moins par les sonorités. "Keep life right" se termine en s'apaisant, par un presque crossfade vers "Echonomy", un titre instrumental au tempo assez lent, qui sert de transition: repartant d'un rythme simple, marqué au synthé, il se développe et s'enrichit doucement, par ajouts successifs, avant se s'arrêter assez abruptement pour laisser place à son successeur.

MC Soom-T rempile avec bonheur sur le monumental "Middle of the road", qui débute dans une veine assez minimaliste, et un rien abrupte: le rythme est lent, sec, très syncopé, axé sur la caisse claire, et marqué à chaque mesure par un synthé abrasif, façon "Rastabomba". La voix de Soom-T occupe posément l'espace laissé libre. De temps à autres, certains de ses mots sont repris en écho, ou sa voix légèrement altérée par divers effets. Progressivement, une presque infra-basse, très synthétique, est ajoutée au mix, d'abord pour soutenir le rythme. Le ton change lors du chorus, le synthé est plus présent, plus léger, la basse joue une ligne plus complète, et Soom-T passe à un registre plus chanté. A l'issue du chorus, le morceau repart sur le thème initial, qui est progressivement adouci pour retomber sur le chorus, prolongé jusqu'à clôre le morceau dans une tonalité plus aimable que son ouverture. Une fière réussite.

MC Rhino (sic) remplace Soom-T sur le titre suivant, qui porte son nom, et qui, s'il existe une tradition ~scape, en renlève certainement. Un savant mélange d'Andrew Pekler et de Deadbeat, dans un titre assez quiet, où MC Rhino reprend sporadiquement certaines lignes de "Don't be afraid to cry", d'une voix curieusement distante, étouffée et baignée de delay. Les cymbales sont mixées très en avant, très présentes dans l'espace, le thème est joué par deux synthés, l'un aux sonorités très brèves, pointillistes, plus liées pour l'autre, et appuyé par une ligne de basse assez discrète. Le rendu de l'ensemble est très plaisant, et mérite, là encore, une écoute au casque. Le morceau se termine en se transformant progressivement en son successeur, "Freestyle", qui retient et délaye longtemps les sonorités du précédent, établissant un bref interlude vers "Clappin", un titre plus techno, rappelant là aussi nettement Thomas Fehlman. Très, très nettement. Un hommage plus qu'un plagiat, s'entend.

"Offroad" et "On my treasure island" terminent brillament l'album. "Offroad", d'abord, reprend et développe le thème de "Don't be afraid", dans une version instrumentale. En guise de développement, il s'agit surtout d'ajout de divers sons et effets, de plus en plus alors que le morceau avance. "On my treasure island" est une toute autre affaire: retour de Soom-T sur un titre que je n'aurais pas été surpris de trouver un album de Freeform, fait d'un assemblage de sons assez curieux, dont la rythmique est faite de cymbales et de claps. Un synthé au son indescriptible entame de temps à autres un thème aux consonances orientales, sur lequel Soom-T peut à nouveau faire montre de ses talents de chanteuse.

L'album d'octobre 2003, tous domaines confondus. Il conviendra de se le procurer. Ou je me fâche.

Notez qu'on trouve sur le site de ~scape (voir le lien plus bas), un MP3 d'une version de "Keep life right" isssue d'un précédent mini, dans un mix légèrement différent, dont je me demande s'il ne serait pas encore meilleur que celui de l'album. Pouvez essayer avant d'acheter. On se fout pas du client.  

MP.


Site probablement officiel: Bus chez Meteosound

Scape: http://www.scape-music.de

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