BILL LASWELL


Lili Boniche & Bill Laswell – Boniche dub 

PIAS, 1999



Peut-être va-t-on penser que je m’acharne, mais je commence à en avoir un peu marre d’être systématique déçu par les disques produits par Bill Laswell. 2D, notre maître à tous, omnipotent et magnanime comme pas un, m’avait pourtant dit : “Ah si si, il y a du bon chez Laswell”. Eh bien, je cherche encore, et ce n’est pas cette série de mixes paresseux à mi-chemin entre la “sono mondiale” parisienne 80’s de sinistre mémoire et l’ambiant-dub tendance descente d’E sans imagination qui va me faire changer d’avis.

Alors, bien sûr, Lili Boniche est un grand monsieur de la musique judéo-arabe, à l’aise dans tous les genres (son oud ou sa guitare sont même crédibles sur des tango ou des mambo certes mutants…), capable de teinter sa musique de petites touches occidentales sans perdre son identité et de jongler avec les styles comme avec les gammes. Mais par pitié, si vous voulez découvrir son immense talent (sans même être trop dépaysé, notez bien), tendez votre oreille vers “Alger Alger” (Créon Music, 1999) ou vers les compilations de titres plus anciens comme celle sortie par Créon Music en 2001 dans la collection “Trésors de la chanson judéo-arabe”. On l’aura compris, la déception de Boniche Dub ne vient pas de la prestation de l’artiste original, mais bien du remixeur. Le plus drôle serait de savoir combien de temps a mis Bill Laswell pour pondre une copie aussi pleine de rien. Deux, trois jours ? Pas plus, j’espère, car cela aurait vraiment été de la perte d’énergie. Le plus souvent, Laswell se contente de rajouter une ligne de basse de deux ou trois notes selon un rythme immuable sur presque tout l’album, des nappes de synthés (genre presets ambiant des vieux Korg, si ça peut donner une idée de la chose à certains) pour les intro, des effets de reverb et d’écho un peu n’importe où sur les percussions et les voix et enfin parsème le tout quasi-aléatoirement d’effets de filtre et de petits bruitages. Niveau créativité sonore, le moindre apprenti-ingénieur du son du Kingston du début des années 70 faisait mieux que lui avec cent fois moins de matière et dix mille fois moins de moyens.

Alors bien sûr, les morceaux restent sacrément bons, et la musique de Lili Boniche indispensable à découvrir pour qui sait pertinemment qu’il y a de la musique au-delà des NRJ Music Awards. Mais si vous cherchez des bons morceaux de world-dub métissé, dynamique et profond, allez écouter ailleurs, et laissez ce disque-ci aux compiles de Claude Challe, c’est bien tout ce qu’il mérite.

RemainUnderground


Dreams of freedom - Ambient translations of Bob Marley in dub
Island, 1997

Certes, on commence à s’habituer à voire le patrimoine musical de Bob Marley dépérir dans l’anarchie (les rééditions des morceaux pré-Island, en vrac, avec un son plus ou moins pourri et des doublons un peu partout au gré d’album plus ou moins honnêtes – qui n’en contiennent pas moins les meilleurs moments de fumeur de oinjs le plus connu du monde) et la décadence (les remixes inécoutables et pourtant vendus par millions, “Buffalo Soldier” repris en chœur dans les stades de foot…). Voir Bill Laswell aux commandes d’un album de remixes dub peut donc faire naître de louables espoirs dans les petits cœurs des mélomanes échaudés. Las, le résultat est piteux, ne fait honneur ni à l’artiste remixé ni à son remixeur, et ferait mieux de finir comme CD de démonstration de nappes et de samples d’ambient pour le Casio de mon petit neveu que dans la discothèque des honnêtes gens.

Un mot suffirait à ouvrir et conclure ma chronique tout à la fois : ennui. Pour ceux qui veulent aller au fond des choses, on pourrait rajouter une hypothèse : honteux bâclage suite à une commande providentielle pour échapper au fisc. Peu de disques de dub distillent de fait un ennui aussi prégnant : on croirait que Laswell, en panne absolu d’inspiration, s’est contenté d’appliquer quelques recettes (qu’il n’expérimentait après tout que pour la six-cent vingt-deuxième fois chacune… c’est dire s’il donne l’impression de prendre des risques) à un panel de titres choisis par sa maison de disques, Rita Marley ou plus probablement les deux à la fois (que du tube mondial garanti passage sur Europe 2 : “Exodus”, ”One Love”, “Is This Love”, “No Woman No Cry” – pas une dread qui dépasse du bonnet) et de s’endormir devant sa console de mixage en comptant sur les quelques mots qu’il pourrait prononcer pendant son sommeil pour guider le travail de son ingénieur du son stagiaire. Tout n’est pas égal, cependant. Les erreurs absolues de casting “No Woman No Cry” et “Is This Love” démontrent par l’absurde que 70 % du talent de Bob Marley (et plus encore dans la période Island) tient dans son songwriting, et qu’une fois la chanson démembrée (d’ailleurs fort mal, puisqu’on reconnaît tous les os) il ne reste plus que des petits fragments sonores qui n’ont pas plus d’intérêt que n’importe quel riddim de UB40. D’autres morceaux peuvent surprendre un peu plus agréablement, et en dernier ressort se glisser discrètement et sans détonner dans une compilation de dub tranquille pour fin de nuit entre potes (“Waiting in Vain”, “So Much Trouble In The World”).

Mais une fois pour toute, nom de Jah, il ne suffit pas de noyer deux minutes de musique dans la reverb et de mixer la basse au tout premier plan pour faire un bon disque de dub ! Ni contemplatif, ni entraînant, ni méditatif ni dansant, toujours trop proche des originaux pour valoir vraiment le coup d’exister, jamais aventureux, c’est en définitive un disque que peuvent se permettre d’éviter à la fois les fans de Marley et de Laswell – ce qui est un petit exploit, convenons-en.

Signé RemainUnderground, qui préfère quand son nom est écrit en entier, sinon ça lui rappelle les restos universitaires, ça l’énerve et ça le fait écrire des chroniques sur de mauvais disques, ce que son médecin traitant lui a fortement déconseillé. Pour son cœur.

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