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AÏZELL |
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One breath
Six titres, tous très différents et pourtant liés les uns aux autres par le fait que certains sont les remixes d'autres, tel est la recette du nouvel Aïzell, à mi-chemin entre le maxi et l'album. Six titres tellement singulier qu'on peut difficilement en parler en évitant la description morceau par morceau, que voici donc. Le disque commence avec "Cerd", qui confirme d'emblée les ambitions larvées de "Concerning monospace", le premier album du groupe: mélanger le dub aux sonorités et ambiances du rock, dans le sens traditionnel du terme. La dénommée Dasha Baskakova, qui tient le micro sur ce titre, y contribue avec beaucoup de réussite, dans un registre pop-rock mélancolique assez inhabituel et qu'on aimerait goûter plus souvent. Natural 1 remet les pendules à l'heure du roots dans le titre suivant, "Give thanks", dans un registre vocal proche de ceux de Mister Irie et Shanti D dans leurs collaborations avec Junior Cony. Roots, mais toujours dans cette volonté de confronter le dub au rock, notamment par le biais des guitares. Rock, et même rock français, avec un dénommé R1 qui réussit la délicate prouesse dans "Khanoum" de chanter dans la langue de Molière sans qu'on ait envie de jeter le CD par la fenêtre, bien contraire. "Look out", chanté par un dénommé Ian, est un peu le morceau hors-sujet, puisqu'il n'a trait ni au dub ni au rock, mais plutôt à un genre d'electro-pop froide, qui s'intègre pourtant merveilleusement dans ce décidément surprenant maxi. De même que s'intègrent, avec la même harmonie un remix de Brain Damage ("Effective dispute revolution"), dans lequel le duo stéphanois offre à Aïzell une puissance qui manque peut-être au groupe sur l'ensemble de son répertoire, et un autre de Junior Cony ("Give dub"), qui donne au roots ses plus belles lettres de noblesse dans ce qui est à mon humble avis tout simplement le meilleur morceau jamais produit par Junior Cony. Un disque innovant, des morceaux excellents, bref: une réussite. 2D. Interview de Matthieu, bassiste d'Aïzell, quelques mois après la sortie de "One breath", septembre 2005. Ma question d’introduction rituelle : que signifie le nom Aïzell ? Aïzell est un dérivé du mot « Eysell », qui est un synonyme de Absinthe… Quel bilan tirez-vous de « Concerning Monospace », votre premier album, de vos premiers concerts, bref des premiers pas de la carrière naissante du groupe ? On est très satisfaits de ce qui se passe depuis la sortie de notre premier album « Concerning Monospaces », fin 2003. On n’a eu que de bonnes chroniques, et on a pu faire plus de 50 concerts à travers la France, donc c’est positif… Avec « One breath », vous enfoncez le clou d’un dub mélangé à des chants et arrangements plus spécifiquement pop/rock, tel que vous l’aviez déjà expérimenté sur votre premier album avec des morceaux comme l’excellent « Silent truth »… est-ce à dire que vous comptez persévérer dans cette voie à l’avenir ? Doit-on considérer « One breath » comme représentatif du nouveau « style Aïzell » ? Oui, « One breath » est représentatif de l’évolution du groupe. On pense continuer dans cette lignée, en intégrant le chant quasiment systématiquement. D’ailleurs, en quelques mots, comment définiriez-vous le style Aïzell ? Heu… on va dire que c’est un mélange de dub et de rock, avec quelques touches de trip-hop et d’électro… Pourquoi avoir choisi de sortir un 6 titres plutôt qu’un deuxième album ? « One Breath » est avant tout un disque concept, avec 4 intervenants différents au chant et 2 remixes de Brain Damage et de Junior Cony, on voulait donc présenter ce travail sur un support court, et non pas en tant que notre deuxième album. Quatre chanteurs/teuse différents se partagent l’affiche de « One breath ». Comptez-vous persévérer avec des featuring, ou un chanteur pourrait-il intégrer un jour l’effectif de façon définitive ? Ian est déjà membre à part entière du groupe, dans le sens où il a collaboré sur nos deux disques et il nous suit en tournée. On souhaite en faire de même avec la chanteuse russe Dasha Baskakova avec qui l’entente est parfaite, ceci pour alterner une voix grave et parlée avec une voix féminine plus mélodique. L’idée est donc de mettre le chant plus en avant. Quel regard portez-vous sur la scène dub française, et quels sont vos rapports avec elle ? A votre avis, le dub français a-t-il un sens autre que géographique ? On entretient de très bons rapports avec certains groupes que l’on a croisé plusieurs fois (Improvisators Dub, Zenzile, Brain Damage, Kaly, etc…) et c’est vrai qu’il y a une vraie scène dub française… Curieusement, je connais peux de groupes similaires à l’étranger à part Dry & Heavy au Japon et Salmonella Dub en Nouvelle-Zélande, qui sont 2 groupes vraiment excellents. Parlez-nous un peu du VJ qui vous accompagne sur scène… Il ne s’agit pas vraiment d’un VJ, dans le sens ou Charly ne mixe pas les images en direct : il a composé des clips qui sont calés sur la musique. L’idée n’est pas d’en mettre plein la vue, mais plutôt que les images se fondent avec les éclairages et le jeu de scène des musiciens pour former un ensemble cohérent. Vos projets pour l’avenir ? Un deuxième album ? A quoi ressemblent les nouvelles compositions s’il y en a? Nous commençons à peine à travailler sur le deuxième album, on veut vraiment prendre notre temps et changer notre façon de travailler pour ne pas reproduire la même chose. On aimerait bien pouvoir sortir cet album courant 2006. Votre avis sur la crise dans l'industrie du disque? Si l’état baissait la TVA à 5,5% comme sur tous les autres produits culturels, cela aurait sûrement un impact sur les ventes… Le téléchargement (légal ou illégal) de musique sur Internet? Pour des groupes indépendants comme nous, je pense que le téléchargement n’a que des effets positifs, qu’il soit légal ou illégal. Pascal Nègre? Est-ce
lui qui prend les décisions, ou les actionnaires de Universal…??? C’est le meilleur concept marketing de l’industrie du disque : on fait la promo avant même que l’artiste existe… c’est horrible ! Qu'est-ce que vous écoutez en ce moment? Dernières découvertes? En ce moment, j’écoute Gorillaz, LCD Sound System, le dernier Zenzile,
les vieux albums des Cure, etc… Longue vie à Dubzone ! Concerning monospaces
Cet album a été recommandé par un internaute via une contribution postée sur le forum (c'est ici, et du reste, toutes les recommandations y sont les bienvenues), qui situait Aïzell entre Zenzile et Löbe, fameuse carte de visite s'il en est (d'autant que l'internaute en question signait Zenzile, voyez comme le monde est petit). Par chance, l'agitateur culturel du coin avait l'album en magasin, j'ai donc pu me le ruer sur (j'en appelle à la licence journalistique), et constater non seulement que la filiation est justifiée, mais aussi et surtout que, décidément, le dub français, car c'en est, c'est chouette. Du reste, soyons bien clairs à ce propos: par "dub français", je n'entends pas qualifier tout le dub produit en France et/ou par des français (depuis la naissance de Dubzone, nous avons pu vérifier qu'il y était varié et de bonne tenue, merci), mais spécifiquement ce style particulier brillamment représenté (et fondé) par Zenlile, Kaly, High Tone, Löbe, et quelques autres, ce style qui (m')est tellement plaisant, et finalement difficile à décrire. Quoi qu'il en soit, Aïzell rejoint la petite famille, et contribue à enrichir encore ledit style, et c'est une bonne nouvelle. La forme, d'abord: le groupe semble constitué de 6 permanents à des postes assez classiques (guitare, basse, batterie, percussions diverses, samplers/synthétiseurs/séquenceurs et consorts, platine, et mélodica). Il y a là aussi un chanteur, qui intervient assez rarement. Le groupe est renforcé sur cet album par quelques "guests" jouant d'instruments d'usage moins fréquent dans le dub (saxophone, oud, sitar), et qui, avec de nombreux samples façon "world music" (terriblement réducteur, mais j'ai pas mieux sous le coude), donnent à l'album une plaisante teinte Kaly-esque. Tout ça est interprété très efficacement, les musiciens sont très bons, les rythmiques sont tenues comme des jeunes filles au pensionnat, et on sent bien qu'ils en gardent un peu sous le coude, qu'ils pourront lâcher sur scène, une fois que la mère supérieure aura le dos tourné. Les arrangements sont impeccables, le son est globalement très bon, même si la production n'atteint pas la qualité phénoménale des récentes productions françaises (High Tone et General Dub, notamment). Après tout, il faut bien une petite marge de progression. Quant à la musique, j'aimerais assez m'en sortir en disant qu'il s'agit de dub français, et du meilleur, mais je crains que ce ne soit un peu court. Certes, les gens de Zenzile peuvent commencer à estimer qu'ils en influencent d'autres, ce qui est, j'imagine, assez gratifiant. On retrouve en effet sur plusieurs titres le "dub rock" qui est leur marque de fabrique, et l'ensemble de l'album est empreint d'une atmosphère semblable à celle de "Totem", cette ambiance indéfinissable, à la fois inquiétante et apaisante. Mais il ne s'agit que d'une influence, et, si l'on en distingue d'autres au fil de l'album, le tout est, comme il se doit, supérieur à la somme de ses parties: loin de se confiner au genre, l'album contribue plutôt à l'étoffer, et certains de ses titres lui présagent même un avenir radieux. "Gringo", par exemple, qui ouvre pour ainsi dire l'album, tient du prodige: sa ligne rythmique, initialement d'un dub rock bon tient, est altérée progressivement par un contre-temps marqué de plus en plus nettement par un synthé qui en devient hypnotique (l'incroyable "Mango Drive" de Rhythm & Sound ne fait pas mieux), son thème est essentiellement tenu par un mélodica qui n'a rien à envier à De Facto, et est complété par des samples de chants exotiques évoquant souvent le Molam Laotien, complément naturel bien que pour le moins inattendu du meilleur dub (Jah Wobble l'a montré dans son "Molam Dub", on s'y reportera avec avatage, si des fois on voudrait pas me croire). Citons encore "Black hole", non moins enthousiasmant: une rythmique très efficace, la batterie étant renforcée d'une rythmique séquencée, limite drum'n'bass par moments, une ligne de basse indéboulonnable, un saxophone assez nerveux qui s'intègre parfaitement à l'ensemble, un break très inspiré au beau milieu, fait nappes de synthés / guitares sur un fond de samples de voix parlées, tout ça est très inspiré, et tient ses 7 minutes sans une seconde de flottement, c'est assez rare pour être signalé. Monsieur et madame dub-français sont donc heureux de vous faire part de la naissance de leur nouveau rejeton, le petit Aïzell. Pas la peine d'envoyer des layettes, il se chauffe tout seul. Achetez plutôt l'album. MP. Site officiel: aizell.com |